Sad mid adult woman in the kitchen at home
La capitale tchadienne, est le théâtre d’une réalité conjugale complexe et souvent douloureuse, où la précarité économique vient fissurer le tissu familial. La question de la prise en charge au sein du couple incombe-t-elle seulement à l’homme?
Dans de nombreux foyers N’Djaménois, le rôle traditionnel de la femme comme gardienne du foyer et du bien-être familial est mis à rude épreuve. Confrontées à une pauvreté qui frappe de plein fouet, certaines femmes prennent une décision radicale et déchirante : abandonner leur foyer. ‹‹ mon épouse m’a quitté car je n’ai pas de travail, je l’avais remis 1000 f pour faire ce qu’elle peut permettant d’avoir un peu de quoi mettre sous la dent, on a trois enfants alors que c’est le même jour qu’elle a décidé de regagner ses parents avec nos trois progénitures. Je n’ai pas de moyens pour le moment elle même le sait. ›› témoigne un père de famille sous l’anonymat dans le 6e arrondissement de N’djamena.
Ces épouses, se jugeant pas prêtes pour supporter la souffrance, choisissent de tourner la page pour chercher une meilleure existence. Elles laissent derrière elles non seulement leur époux, mais aussi, et c’est le plus tragique, leurs enfants. Cette décision, bien que moralement condamnable pour l’abandon d’enfants, révèle un désespoir profond où la nécessité de subvenir à ses propres besoins prime sur les liens conjugaux et maternels.
Un mariage à durée déterminée par le Portefeuille ?
Le plus surprenant et le plus douloureux dans ce schéma est la réapparition soudaine de ces femmes. L’histoire est presque toujours la même : l’époux, laissé seul face aux responsabilités et à la précarité, parvient, après des efforts acharnés, à obtenir un travail stable ou une source de revenus.
Le vent tourne. C’est à ce moment précis que l’épouse fuyarde réapparaît brusquement pour réintégrer le foyer, revendiquant haut et fort sa place légitime d’épouse. Cette dynamique soulève une interrogation amère : le mariage est-il, pour certaines, une union conditionnelle, dépendant de la stabilité financière de l’homme ?
Le mythe du meilleur et du pire ébranlé
L’adage veut que le mariage soit l’union pour « le meilleur et pour le pire ». À N’Djamena, dans ces cas, il semble que la réalité soit le contraire. Le « pire », c’est-à-dire la précarité et la lutte, est la raison du départ ; le « meilleur », l’amélioration financière, est la raison du retour.
Ce comportement met en évidence une tension sociale où le fardeau de l’homme est perçu comme celui à qui incombe la responsabilité ultime de pourvoir aux besoins du foyer. La femme se retire quand il échoue à cette tâche, et revient quand il réussit.
La notion de solidarité conjugale et de soutien mutuel dans l’adversité semble s’effondrer sous le poids de la misère.
Pour les époux abandonnés, le choc est double : ils ont non seulement géré la précarité et l’éducation des enfants seuls, mais ils doivent maintenant faire face au retour opportuniste de celle qui a déserté. Cette situation crée une crise de confiance profonde, menaçant la stabilité même de l’institution matrimoniale dans la ville.
Face à ces histoires qui se multiplient, la société ndjaménoise est invitée à une profonde réflexion sur les valeurs du mariage et la responsabilité parentale. Est-ce la pression sociale sur l’homme, ou l’absence de filets de sécurité pour les femmes, qui conduit à ces abandons ? Les autorités et les leaders communautaires doivent s’emparer de cette question pour restaurer le sens de l’engagement dans les foyers et protéger les enfants, premières victimes de cette crise économique et morale.
