5 novembre 2026
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À Yaoundé, l’attente d’un remaniement gouvernemental nourrit toutes les hypothèses. Plus d’un an après sa réélection, le président Paul Biya continue de faire durer le suspense sur la composition de la future équipe gouvernementale. Dans ce contexte marqué par les rumeurs, les faux organigrammes circulant sur les réseaux sociaux et les interrogations sur l’après-Biya, un nom revient avec insistance : celui de son fils, Franck Biya.

L’apparition remarquée de ce dernier aux côtés du couple présidentiel lors de l’audience accordée au prince Albert II de Monaco, le 30 octobre 2026 au Palais de l’Unité, a ravivé les débats sur sa place dans l’architecture du pouvoir.

Officiellement conseiller du chef de l’État, Franck Biya occupe une position de plus en plus visible lors des grands rendez-vous institutionnels, ce qui alimente les spéculations sur un éventuel destin présidentiel.

Cette séquence intervient alors qu’une réforme constitutionnelle adoptée en avril 2026 a institué la fonction de vice-président de la République. Un poste stratégique puisque son titulaire, désigné par le président, assurerait automatiquement l’intérim en cas de vacance du pouvoir jusqu’au terme du mandat en cours. Une nouveauté institutionnelle qui a aussitôt relancé les conjectures sur l’identité du futur occupant de cette fonction.

Pour de nombreux observateurs, la montée en visibilité de Franck Biya pourrait s’inscrire dans une stratégie de préparation progressive à l’exercice du pouvoir. D’autres, en revanche, estiment que l’homme d’affaires, réputé discret, ne dispose ni de l’assise politique ni de l’expérience nécessaire pour prétendre à la magistrature suprême.

Le sujet divise également la classe politique. Dès 2023, l’ancien ministre Titus Edzoa mettait en garde contre toute perspective de transmission dynastique du pouvoir. Il avait aussi mentionné le poids politique et moral que représenterait un tel héritage. Une position partagée par plusieurs figures de l’opposition.

Maurice Kamto, notamment, reste l’un des plus farouches opposants à toute succession qu’il qualifie de « gré à gré ». Pour le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), la fonction présidentielle ne saurait être transmise en dehors du suffrage populaire. Depuis plusieurs années, il alerte sur ce qu’il considère comme une tentative de préparation de l’après-Biya en dehors de la compétition électorale traditionnelle.

À l’inverse, les responsables du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) rejettent publiquement l’idée d’un dauphin désigné. Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, rappelait encore le 9 octobre 2026, que Paul Biya ne s’est jamais présenté comme le propriétaire de la fonction présidentielle et qu’aucun héritier politique n’avait été officiellement désigné. Pour lui, le concept même de « dauphin » relève davantage d’une logique monarchique que républicaine.

Dans les faits, Franck Biya ne détient à ce jour aucune responsabilité connue au sein des principales instances dirigeantes du RDPC. Son engagement plus visible dans la sphère politique depuis 2023 n’a pas encore débouché sur une fonction officielle au bureau politique ou au comité central du parti.

Mais en marge des structures traditionnelles du pouvoir, plusieurs mouvements favorables à sa candidature tentent d’imposer son nom dans le débat public. Le Mouvement citoyen des Franckistes, regroupant entrepreneurs, sympathisants et militants proches du pouvoir, plaide ouvertement pour une candidature de Franck Biya. Ses partisans voient dans sa discrétion et son éloignement des controverses politiques un atout pour assurer une transition sans rupture.

Entre hypothèse dynastique, stratégie de continuité et simple construction médiatique, le mystère demeure entier. Une certitude toutefois : tant que Paul Biya n’aura pas clarifié ses intentions sur la succession et la mise en place des nouvelles institutions prévues par la Constitution, chaque apparition publique de son fils continuera d’alimenter les spéculations sur l’avenir politique du Cameroun.

TEYANE Bertrand

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