Ancien ministre et ex-Directeur général de la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT), Issa Ali Taher, son départ continue de susciter des interrogations. Plusieurs observateurs estiment que son éviction serait liée au projet de construction du complexe abattoir-tannerie de Djarmaya.
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L’histoire récente du développement économique du Tchad porte la marque d’un paradoxe cruel : l’éviction d’un homme d’initiatives a entraîné l’ensevelissement de projets structurants d’intérêt national. Issa Ali Taher, esprit ingénieux et visionnaire assumé, incarnait une rare capacité à transformer les ambitions politiques en actions concrètes.
À la fin de l’année 2014, il lançait le projet stratégique du complexe abattoir–tannerie de Djarmaya, véritable levier de transformation pour un pays à vocation agro-pastorale affirmée. La pose de la première pierre par le feu maréchal Idriss Déby Itno, en présence de partenaires turcs et de personnalités de premier plan, symbolisait un engagement fort de l’État.
Les travaux avaient bel et bien démarré sous sa houlette. Mais depuis son départ du gouvernement, le chantier s’est figé, plongé dans un silence aussi troublant qu’incompréhensible, comme si l’élan s’était évaporé avec l’homme qui l’avait insufflé.
Ce blocage n’est pas un simple contretemps administratif : il représente un manque à gagner colossal pour le peuple tchadien. Le complexe de Djarmaya devait structurer les filières de l’élevage, créer des milliers d’emplois directs et indirects, stimuler les exportations et poser les bases d’un développement durable réel. Pourtant, ceux qui ont succédé à Issa Ali Taher n’ont ni porté ce projet à bras-le-corps ni manifesté la volonté politique nécessaire pour le mener à terme.
Dans un contexte de chômage endémique et de fragilisation sociale, cet abandon sonne comme une occasion perdue, un espoir trahi pour des milliers de jeunes qui voyaient dans ce projet une promesse d’avenir.
Le même scénario se répète avec le projet Sidigui, conçu dans la discrétion et la rigueur stratégique alors qu’Issa Ali Taher dirigeait la Société des Hydrocarbures du Tchad. Pensé pour garantir une alimentation continue en gaz butane aux ménages tchadiens, ce projet portait en lui une réponse durable aux crises récurrentes de l’énergie domestique.
Des sources concordantes indiquent qu’il avait été mûri du vivant du président Idriss Déby Itno, avec une vision claire de souveraineté énergétique. Depuis le départ de son initiateur, Sidigui a été relégué aux oubliettes.
Son absence a laissé un vide. Plus qu’un simple technocrate, Issa Ali Taher apparaît aujourd’hui comme un homme providentiel : quand il est écarté, ce ne sont pas seulement des postes qui changent de mains, ce sont des projets d’avenir qui s’effondrent.
Molaymon Rongwe
