Signé le 20 avril 2025 à Bardaï, chef-lieu de la province du Tibesti, l’accord de paix de Miski avait été présenté comme un important levier dans la pacification du nord du Tchad. Conclu entre le gouvernement et le Comité d’autodéfense de Miski, le texte était le fruit de plusieurs mois de négociations menées sous l’égide du Médiateur de la République, Saleh Kebzabo, qui avait joué un rôle de facilitateur dans un contexte marqué par des tensions sécuritaires et économiques liées à l’exploitation de l’or.
Composé de quatorze articles, l’accord visait à mettre fin aux affrontements entre forces gouvernementales et groupes d’autodéfense locaux. Il prévoyait notamment une cessation immédiate des hostilités, des mesures d’amnistie pour certains faits liés au conflit, la réintégration des membres du comité dans un processus de dialogue national, ainsi qu’une meilleure régulation des ressources minières pour apaiser les tensions autour de l’orpaillage.
Lors de sa signature, le Médiateur avait multiplié les initiatives de communication, présentant l’accord comme une avancée vers un retour durable de la paix dans cette province stratégique, où les enjeux sécuritaires restent liés au contrôle des ressources aurifères.
Dix-huit mois plus tard, les effets peinent à se concrétiser. À la mi-octobre 2026, de nouveaux affrontements meurtriers ont éclaté entre l’armée tchadienne et des membres du Comité d’autodéfense de Miski, ravivant les inquiétudes sur la solidité du processus. Les divergences portent principalement sur la gestion des ressources minières et sur le non-respect présumé des engagements pris lors des négociations. Des groupes dissidents contesteraient également le renforcement du contrôle de l’État sur l’exploitation de l’or.
Face à la dégradation sécuritaire, la Médiature et le gouvernement ont publié, les 19 et 23 octobre 2026, des communiqués appelant à la cessation des hostilités et au retour au dialogue, estimant que les mécanismes prévus par l’accord demeurent le cadre le plus approprié pour préserver la stabilité.
Pour plusieurs observateurs, le rôle du Médiateur semble toutefois se limiter aujourd’hui à des interventions publiques et à la diffusion de communiqués. L’absence d’un mécanisme efficace de suivi et de mise en œuvre aurait contribué à l’affaiblissement progressif de l’accord.
Alors que les tensions refont surface, certains évoquent désormais un échec du processus engagé à Bardaï. Dix-huit mois après sa signature, l’accord de Miski reste confronté au défi de son application effective, condition indispensable à un retour durable de la paix dans le Tibesti.
TEYANE Bertrand
