15 octobre 2026
FB_IMG_1772348767824

Dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, la vie quotidienne des habitants est marquée par un manque criant d’infrastructures. Les routes sont impraticables, transformées en pistes boueuses dès la saison des pluies. Les villages comme Pala, Léré ou Fianga restent enclavés, isolés du reste du pays. Les familles endeuillées n’ont pas de morgue pour conserver dignement leurs défunts, contraignant parfois les proches à improviser des solutions précaires.

L’accès à l’eau potable demeure un luxe : dans plusieurs localités, les femmes parcourent des kilomètres pour puiser une eau souvent insalubre. 

À ces difficultés s’ajoute une insécurité grandissante. Le phénomène des enlèvements contre rançon s’est installé comme une menace permanente. Des commerçants de Fianga et des éleveurs de Léré ont été victimes de ces pratiques, paralysant l’économie locale et accentuant la peur dans les foyers. Les habitants vivent dans l’angoisse, tandis que les autorités locales peinent à apporter des réponses concrètes. 

Symbole de ce retard, la route Kélo-Pala, longue de 109 km, censée relier le Mayo-Kebbi Ouest à la frontière camerounaise. Lancé en 2017, le projet de bitumage est resté en suspens pendant des années. Les travaux reprennent sporadiquement, mais à un rythme qualifié de « caméléon » par les habitants : un jour, quelques engins apparaissent, puis disparaissent pendant des mois.

En 2026, malgré une relance annoncée, le taux de réalisation reste faible. Les transporteurs et commerçants, qui dépendent de cet axe stratégique pour écouler leurs produits vers le Cameroun, dénoncent un calvaire quotidien.

Les trajets qui devraient durer deux heures s’étirent sur plus de six heures, avec des véhicules embourbés et des marchandises perdues. 

Pendant ce temps, les élites politiques de la province semblent davantage préoccupées par leurs cérémonies de ralliements. Les villes et villages de la province s’animent régulièrement pour accueillir des militants qui changent de camp, dans une mise en scène où les discours triomphants masquent la réalité du terrain.

Les populations dénoncent un « cirque politique », où la quête de pouvoir supplante l’urgence du développement. 

La pluralité des partis politiques devrait être une force pour le développement, une richesse démocratique. Mais dans le Mayo-Kebbi Ouest, elle se transforme en frein, chaque camp préférant consolider son influence plutôt que de travailler à l’unité.

Résultat : les projets structurants stagnent, les populations s’enfoncent dans la précarité, et la province reste en marge du progrès national. 

« Il est temps que les fils et filles du Mayo-Kebbi Ouest enterrent leurs divergences politiques pour se consacrer à l’essentiel : routes, eau potable, sécurité, santé. Les chefs traditionnels, les associations de jeunes, les organisations féminines et les acteurs économiques doivent unir leurs voix pour exiger des résultats concrets. Car une province ne peut se développer sans la mobilisation de ses propres forces vives, » lance un militant de la société civile.

Teyane Bertrand