Lors d’une conférence de presse explicative tenue ce samedi 26 septembre 2026 au siège national de l’Union des Démocrates pour le Développement et le Progrès (UDP), Max Kemkoye, président du parti, s’est exprimé publiquement pour la première fois depuis sa sortie de prison. Entre contestation de l’inéligibilité que le pouvoir tente de lui imposer et dénonciation des conditions pénitentiaires à la maison d’arrêt de Klessoum, le leader politique a livré une charge au vitriole contre l’appareil judiciaire tchadien.
Par un propos liminaire sans détours, Max Kemkoye a affirmé vouloir « briser l’omerta » et dissiper « le brouillage du climat délibérément entretenu » autour de la grâce présidentielle accordée aux opposants. L’opposant s’interroge publiquement sur le brusque retournement du pouvoir, qui a orchestré en trois mois une libération médiatisée après les avoir condamnés à de lourdes peines de huit ans d’emprisonnement lors de procès à huis clos.
Un imbroglio juridique sur l’inéligibilité et la Charte des partis
Le cœur de la contestation de l’UDP réside dans l’interprétation des effets de la grâce présidentielle. Le vice-Premier ministre avait affirmé dans un communiqué du 20 août 2026 que les personnes graciées ne récupéreraient pas leurs droits civiques et politiques, invoquant l’article 11 de la loi n°032/PR/2019 portant Charte des partis politiques.
Une interprétation que Max Kemkoye qualifie d’« absurdité suicidaire ». Textes à l’appui, le président de l’UDP rappelle qu’ils ont été condamnés par le Tribunal de Grande Instance de N’Djamena (Chambre spéciale) le 1ᵉʳ juin 2026 pour des délits correctionnels et non pour des crimes. Selon le Code pénal tchadien (articles 16, 17, 27 et 41), les peines accessoires emportant la déchéance des droits civiques ne s’appliquent automatiquement qu’aux condamnations criminelles.
De plus, l’UDP souligne que l’article 11 de la Charte des partis politiques régit la création et l’enquête de moralité préalable à la fondation d’un parti, et ne saurait s’appliquer de manière rétroactive à des dirigeants déjà en fonction.
La stratégie d’éviction du jeu électoral
Derrière ce qu’il qualifie de « cabale politico-judiciaire », Max Kemkoye perçoit une stratégie délibérée visant à écarter l’opposition des prochaines échéances électorales (présidentielles, législatives et municipales).
En combinant l’article 5 du Code électoral et la mesure de grâce, le régime chercherait, selon lui, à éliminer toute concurrence politique pacifique.
L’opposant a prévenu que les instances internationales — notamment le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire, les Rapporteurs spéciaux des Nations Unies, la LTDH, l’OMCT et l’Union européenne — sont déjà saisies des irrégularités de cette procédure.
Alerte sur les conditions de détention à la prison de Klessoum
Au-delà des aspects politiques et juridiques, le président de l’UDP s’est fait le porte-voix des détenus restés derrière les barreaux. Évoquant avec émotion le sort de jeunes déplacés de l’événement de Mandakao, de chefs religieux et de hauts fonctionnaires incarcérés, il a dépeint un tableau sombre de la maison d’arrêt de Klessoum.
Dénonçant le manque de soins médicaux, la malnutrition chronique et l’absence de procès pour près de 90 % des 4 000 personnes détenues, Max Kemkoye a lancé un appel solennel au président de la République :
« [Je demande] au président de la République, garant des institutions […] de s’impliquer pour faire cesser les injustices […] en instruisant le ministère de la Justice d’organiser des audiences foraines in situ de plusieurs semaines […] afin d’examiner au cas par cas les dossiers. »
Fidèle à sa ligne politique, le président de l’UDP a conclu son intervention en réaffirmant la devise de son parti : « Le Peuple avant tout, Seule la Patrie est notre mère et la République notre espoir ».
