Opinion : une transition sans partis politiques

Le jeu démocratique s’appuie en premier sur des partis qui sont de principaux instruments de participation politique. Un parti, pour peu qu’il soit parti, est appelé à interpréter les aspirations de la société civile en les orientant vers le bien commun et offrent aux citoyens la possibilité effective de concourir à la formation des choix politiques.

Une chose est essentielle pour un parti politique et on n’en trouve plus au Tchad : un parti doit être démocratique en son sein. Il doit être capable de synthèse politique et de programmation d’action.

Souvent dans les formations politiques tchadiennes, on est dans un système totalitaire qui n’accepte pas des schèmes de pensées qui détonnent avec ceux du leader assimilable à un timonier. Or c’est la démocratie qui est le levain de tout parti politique.

Par conséquent, la démocratie au sein des partis politiques implique le degré d’inclusion de ses membres dans les prises de décisions et les délibérations.

Ce principe d’organisation et de méthodique n’est lisible dans aucun parti au Tchad. Le Tchad se glorifie de sa démocratie avec un nombre de parti indéchiffrable. Au coin d’une rue, à l’entrée d’un marché ou aux côtés d’une école, il arrive parfois de lire un panneau « siège d’un parti » qu’on découvre pour la première fois.

Dans un débat télévisé, ou dans un organe de presse, il arrive également la sortie claire-obscure d’un inconnu chef de parti, ou la déclaration nébuleuse d’un lugubre parti.

Mais en réalité, il n’existe plus de partis politiques. Certains partis ne doivent aujourd’hui leur existence qu’à leur arrimage à l’ancien parti au pouvoir ou au pouvoir actuel. Et, on peut le dire sans risque de ne se tromper ni d’être démenti, que presque tous (exceptés quelques rares), à la place de la politique dans le vrai sens du terme, font de la débrouillardise.

Et, pour s’en sortir, certains, comme les fins hâbleurs, s’appuient sur leur éloquence pour tromper leur monde et d’autres usent de leur ruse de lièvre. Le but de ces micro-partis, dont certains n’existent que sur le papier, est d’occuper l’espace médiatique avant de rejoindre une coalition, puis de passer au guichet pour en récolter les fruits.

Une tendance régulièrement alimentée par les partis au pouvoir, quels qu’ils soient, afin de provoquer des scissions chez leurs opposants. Les électeurs perçoivent la dimension opportuniste de ce phénomène qui ne fait que renforcer leur défiance à l’égard de la classe politique.

La conférence de presse se tient soit dans une salle de classe, soit dans une étroite pièce d’auberge. La foule ne compte pas 10 personnes. Mais la déclaration est violente si le parti se dit de l’opposition.

Elle est dithyrambique si le chef du parti est de la mouvance présidentielle. Quand cette mouvance organise quelque chose de politique, le parti est présent et le chef se démène pour saluer Ministres, Députés et personnalités influentes de l’ancien parti au pouvoir (MPS) et de la mouvance présidentielle. Tout renvoie à un marchand ambulant politique. Ce que fait le Président de la République ne les embrouille pas trop.

Ils veulent quelque chose, DG, Ministre ou PCA ! La Mouvance présidentielle tient l’Etat et distribue des sinécures. Même les alliés crédibles de la transition sont incapables de dire le nom intégral du petit parti allié, ni ne connait son siège.

Il ne dispose de fois même pas de siège. L’immense majorité des partis tchadiens n’a ni base politique ni différenciation idéologique. Leur création répond avant tout à l’agenda personnel de leur leader en vue d’aller négocier son ralliement au camp au pouvoir ou à l’opposition, au gré du contexte.

 

Evariste DJETEKE