Opinion : Le TCHAD s’affaisse, s’abaisse sous l’œil impassible de tous

Signe de leur propre disruption : on observe que l’intelligentsia tchadienne, les partis politiques, les conseillers, les leaders religieux tournent ostensiblement le regard ailleurs pour ne pas voir ce «génocide silencieux» qui se déroule dans les départements des Monts de Lam et de la Nya Pendé, la régression démocratique et la prédation économique, encore moins la perte rapide de la souveraineté nationale.

Déconnectées du débat public depuis le Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS), les églises catholique et évangélique préfèrent s’adonner à du dilatoire en pondant des communiqués très vagues et superfétatoires sur la question des massacres.

Des textes sans muscles, nimbés d’obscurantisme et de néologismes illimités. Le drame pour la conscience de ces églises, c’est qu’elles sont totalement isolées des fidèles qui souffrent et du chaos indescriptible qui est projeté devant nous.

Même le prêtre de Moundou qui a jeté un gros pavé dans la mare des politiciens lors des évènements du 20 octobre n’a pas continué la «célébration eucharistique ».

Il est des moments dans l’histoire où le brin de chaos perceptible est un passage ténébreux au cours duquel toutes obscurités se dévoilent avant la réverbération. C’est ce que nous vivons en ce moment.

Pour l’intelligentsia tchadienne et certains partis politiques, le trop-plein d’énergie qu’ils accumulent à force de se terrer n’est cependant pas perdue. Ils le déversent, ces temps-ci, dans la confection et la co-signature, sectaire et narcissique, d’infinies pétitions et communiqués sans prises sur les enjeux qu’elles prétendent adresser.

Face à cette actualité qui continue de susciter l’indignation à travers le pays, nos députés décrétés, eux ne se gênent vraiment pas. L’enthousiasme affiché lors du DNIS est bien vite retombé. Comme un enfant non désiré, le peuple a été oublié dans son berceau. Le Tchad a besoin de régénérer sa classe politique.

Les mouvements consuméristes, incarnés jusqu’à la caricature de certaines personnes, champions de la duplicité, étaient déjà connus pour n’être que des amuseurs de galeries. Ils font désormais rire jaune.

Fermez le ban: comme partout ailleurs où la dictature a été facilitée par le silence des peuples qu’elle écrase, celui du Tchad, fracassant, scelle l’enracinement d’une minable et crapuleuse autocratie aux petits pieds. Plus de soixante ans après la proclamation de son indépendance, sa descente dans les ténèbres ne pouvait être plus brutale que ce qu’il vit en ces heures décidément sombres de son histoire.

Dans un si long, lourd silence, uniquement perturbé par les frasques, en roue libre, d’un dictateur émergent et de ses sicaires. Même les forces de l’ordre, les praticiens du droit, les journalistes et syndicalistes semblent avoir battu pavillon.

Et ce pays naguère gai où l’on aimait débattre de tout n’est plus qu’une morne plaine.
Comme dans un cimetière. On se tait : le Tchad s’affaisse, s’abaisse sous l’œil impassible de tous !

Evariste DJETEKE