Dans le Barh-El-Gazel, le bulletin météo ne se lit pas sur un écran. Il se lit dans les arbres. Ici, un paysan n’a pas besoin de station pluviométrique : il a le Balanites, l’Acacia et le Toundoub.
Alors que les programmes de lutte contre la désertification peinent à s’imposer, les communautés pastorales du BEG gardent le plus vieux système d’alerte climatique au monde : la phénologie des arbres.
1. Le Balanites aegyptiaca (Hedjilidj) : Le baromètre de la pluie
C’est l’arbre-roi. Pour les éleveurs, quand le Balanites fleurit abondamment en mars-avril hors saison, c’est le signe d’une année de forte pluviométrie à venir. Ses feuilles qui se replient avant 10h annoncent une journée de vent de sable. Son fruit, amer, est une pharmacie et une réserve fourragère quand tout a brûlé.
2. L’Acacia raddiana et Acacia tortilis (Talha) : Le thermomètre du sol
Ces acacias à couronne en parapluie sont des ingénieurs. Leurs racines qui descendent à 30 mètres cherchent la nappe. Quand ils perdent leurs feuilles en pleine saison des pluies, les anciens disent : « La terre a soif en profondeur ». C’est l’indicateur d’une sécheresse hydrologique, pas seulement météorologique. Leur présence signale aussi une zone de pâturage durable, même en année sèche.
3. Le Maerua crassifolia et le Capparis decidua : Les sentinelles de la désertification
Là où ces arbustes noueux et sans feuilles s’installent en masse, la terre est déjà partie. Ils sont les derniers à survivre sur les sols squelettiques. Les communautés les utilisent pour marquer la limite à ne pas franchir avec les troupeaux. Couper un Maerua, c’est couper le dernier filet de sécurité.
Ce savoir endogène, longtemps méprisé, est aujourd’hui une science. Comme le montre une étude du CNRS, plus de 1,8 milliard d’arbres isolés ont été recensés au Sahara et au Sahel grâce à l’IA. Chacun d’eux, avec une couronne de plus de 3m², est un stock de carbone, une ressource et un indicateur climatique.
Au Barh-El-Gazel, préserver ces arbres, ce n’est pas de l’écologie romantique. C’est préserver une bibliothèque vivante.
Comme le dit un chef de canton : « Quand le dernier Talha tombera, nous ne saurons plus quand partir, ni quand revenir. »
Teyane Bertrand
