Dans la salle austère du tribunal militaire, 77 prévenus ont fait leur apparition, arrêtés lors des contestations qui ont suivi la présidentielle du 12 octobre. L’audience, expédiée en moins d’une heure, s’est conclue par un renvoi : aucun traducteur n’était présent pour ceux qui s’expriment en haoussa ou en fulfuldé.
Sous les regards lourds de tristesse et les murmures d’encouragement de leurs proches, les détenus ont quitté le tribunal à bord d’un véhicule pénitentiaire. « Il est indispensable que des interprètes soient fournis », insiste Maître Ndam, membre du collectif d’avocats qui défend les prévenus. La prochaine audience est fixée au 8 janvier 2026, avec la production des listes de témoins par les deux parties.
Mais au‑delà de ces 77 visages, d’autres restent invisibles : des dizaines de personnes arrêtées dans la foulée des manifestations demeurent encore dans les commissariats et brigades, en attente de déferrement.
La crise postélectorale, déclenchée après la proclamation de la victoire de Paul Biya, a plongé le pays dans le chaos. Plus de 1 200 arrestations selon le gouvernement, une quarantaine de morts d’après les ONG.
