L’avènement omniprésent du téléphone Android et l’accès facile à Internet sont en train de remodeler profondément les habitudes d’étude et, potentiellement, d’éroder les compétences fondamentales de lecture et d’écriture chez les jeunes apprenants à N’Djaména. Si l’outil est un puissant moteur de recherche, son usage excessif et mal orienté semble avoir ôté le goût de la lecture traditionnelle et révèle des lacunes inquiétantes dans la maîtrise de la langue écrite.
Les bibliothèques boudées au profit de Google
Il y a une époque où les bibliothèques étaient des lieux incontournables, considérées comme les temples du savoir. Cette époque semble révolue. Aujourd’hui, pour une grande partie des élèves, ‹‹ il suffit d’avoir un téléphone puis consulter Google et vous avez tout ce que vous voulez.›› souligne Sonia élève en classe de première. L’information immédiate et synthétisée, souvent sous forme de courts résumés ou de vidéos, est préférée à l’effort soutenu d’une lecture approfondie.
Cette autonomie numérique est d’ailleurs revendiquée avec fierté par certains. Eliazer, un jeune homme interrogé, souligne : « Aujourd’hui tout se trouve sur internet, moi je ne vais jamais payer une formation, je me forme moi-même. » Cette mentalité, si elle est louable pour son initiative, ignore la valeur de la structure pédagogique et de l’esprit critique que développe la lecture de longs ouvrages.
Une maîtrise de l’écrit en déclin
Le revers de cette médaille numérique se manifeste de manière flagrante dans les salles de classe. La remarque est unanime : ‹‹ sans leur téléphone, de nombreux élèves et étudiants ont du mal à écrire correctement. ›› affirme Richard enseignant de son état.
Alors que certains se montrent, forts en orale, capables de résumer des idées ou de discuter un sujet grâce à l’information glanée rapidement en ligne. La pratique, c’est une autre réalité. Le téléphone, avec son correcteur automatique et le langage abrégé des messageries, semble anesthésier la rigueur nécessaire à la construction de phrases complexes et à l’orthographe irréprochable. L’habitude de la lecture, qui affine naturellement le sens grammatical et le vocabulaire, est remplacée par la simple consommation d’information.
L’écran, outil de savoir ou de vanité ?
Si le téléphone est un avantage pour les recherches, son usage est souvent détourné. Pour certaines personnes, l’appareil n’est plus un instrument de formation, mais une vitrine sociale. Ces utilisateurs emploient l’outil pour se faire voir, à travers les réseaux sociaux. Cette quête de validation et d’apparence, inhérente à la sphère numérique, prend le pas sur l’investissement personnel dans l’apprentissage et la lecture.
Le défi pour le système éducatif n’est pas d’interdire le téléphone, outil moderne et nécessaire, mais d’enseigner aux apprenants à en faire un allié de la lecture et non un substitut. Il s’agit de réintroduire l’effort, la patience et l’analyse critique que seule la lecture en profondeur peut apporter, face à la gratification instantanée de l’écran.
