Du Mexique à la petite monarchie d’Eswatini en Afrique australe, plus de 25 000 migrants en quête de refuge aux États-Unis ont été arrêtés puis réexpédiés, non pas vers leur patrie d’origine, mais vers des États tiers sans aucun lien avec leur parcours personnel.
C’est ce que révèle The Deportation Project, une vaste investigation internationale coordonnée par Forbidden Stories et menée conjointement par 24 médias à travers le monde, parmi lesquels RFI, le Washington Post et Le Monde. Selon les données vérifiées dans le cadre de cette enquête, au moins 25 447 personnes de diverses nationalités ont fait l’objet de ces transferts forcés vers 28 pays tiers entre le 20 janvier 2025 et le 31 août 2026.
Pour orchestrer ces renvois à grande échelle et tenir la promesse d’atteindre un million d’expulsions par an, l’administration américaine a déployé une ingénierie logistique et diplomatique inédite. Comme le rapporte RFI, le Département d’État s’est doté d’une structure dédiée, l’Office of Remigration, chargée d’obtenir la coopération de gouvernements étrangers à coup d’incitations financières et de pressions politiques.
Au total, au moins 410 millions de dollars ont été mobilisés pour convaincre plus de 35 États de signer des accords de réadmission, souvent tenus secrets.
L’écosystème ainsi bâti s’étend sur plusieurs continents :
- Amérique latine : Le Mexique fait figure de hub principal avec près de 20 000 migrants accueillis via un arrangement informel, principalement acheminés par bus. Le Guatemala en a reçu près de 3 000, tandis que des pays comme le Panama ou le Guyana enregistrent également des arrivées.
- Afrique : L’enquête portée par RFI montre que le dispositif s’est propagé jusqu’en Afrique. L’Eswatini a ainsi vu débarquer et incarcérer 34 ressortissants asiatiques (notamment vietnamiens et laotiens), tandis que la Guinée équatoriale a réceptionné 63 personnes, dont des citoyens cubains et brésiliens.
L’errance des déplacés et l’épreuve du droit
Cette stratégie de sous-traitance migratoire fait désormais face à des contestations juridiques majeures. Le 18 septembre 2026, une cour d’appel américaine a annulé les directives encadrant ces expulsions, estimant qu’elles violaient les droits fondamentaux des demandeurs d’asile en ne leur laissant pas la possibilité de contester leur transfert en cas de risques de persécution dans le pays de destination.
