20 mai 2026
Grève-Tchad-DR

Depuis le début du mois de février 2026, les enseignants tchadiens ont déserté les salles de classe. À l’origine de ce mouvement, le décret n°2850 signé en novembre 2025 par le président Mahamat Idriss Déby Itno, censé améliorer le statut particulier des personnels de l’éducation. Mais son application reste incomplète, nourrissant colère et frustration au sein du corps enseignant.

Le texte prévoyait une revalorisation des conditions de travail, la reconnaissance des droits sociaux et l’octroi de primes spécifiques telles que la prime de craie, l’indemnité de logement ou encore la prime de documentation. Pour beaucoup, il représentait une promesse de dignité retrouvée.

Pourtant, plusieurs de ces avantages ne sont toujours pas versés. Les enseignants dénoncent une situation intenable. À Moundou, des instituteurs vivent encore dans des logements insalubres faute d’indemnité. À Abéché, certains achètent eux-mêmes leurs craies et documents pédagogiques. Dans les zones rurales, beaucoup cumulent des petits métiers pour subvenir aux besoins de leurs familles, au détriment de leur mission éducative.

Vendredi 20 février, le ministre de l’Éducation Nationale, Dr. Aboubakar Assidick Choroma, et son collègue de la Fonction Publique, Abdoulaye Mbodou Mbami, ont dénoncé une grève « illégale », observée sans préavis. Le gouvernement a annoncé que les jours de grève ne seraient pas rémunérés et que la charge salariale incomberait au SET de N’Djamena.

Les autorités rappellent qu’un chronogramme consensuel avait été validé par une commission paritaire, prévoyant l’aboutissement des discussions pour le 3 avril 2026.

« À la surprise générale, la section de N’Djamena a appelé à la grève sans attendre », déplore le gouvernement.

Les conséquences sont lourdes. Les enseignants voient leurs salaires coupés et leur précarité s’aggraver. Les élèves, eux, subissent des cours suspendus et des programmes perturbés, menaçant la tenue des examens.

Dans plusieurs établissements de N’Djamena, les élèves errent dans les cours sans encadrement. Les familles, inquiètes, cherchent des alternatives, mais les cours privés restent inaccessibles pour la majorité.

Pour de nombreux observateurs, ce bras de fer illustre le manque de volonté du gouvernement à respecter ses engagements. Le décret existe, mais il demeure une promesse sur papier.

La crise actuelle un dialogue sincère, appellent plusieurs enseignants. Sans application effective du décret 2850, les enseignants risquent de rester enfermés dans une spirale de grèves et de précarité, avec des conséquences durables sur l’avenir des élèves.