Un mal silencieux ronge les fondations de l’éducation et de l’administration tchadiennes : la banalisation et la dégradation des édifices publics. Dans la capitale, les murs des écoles, les portes et les fenêtres des institutions d’État sont trop souvent la cible d’actes d’incivisme, transformant des structures censées servir l’intérêt général en lieux inopportuns et délabrés.
Un état des lieux alarmant
Le constat est frappant : des murs tagués et troués, des fenêtres brisées et des portes arrachées. Les établissements d’apprentissage, construits pour offrir aux jeunes un cadre propice à l’acquisition du savoir, se trouvent parfois dans un état de délabrement qui compromet sérieusement leur vocation. Loin d’être des cas isolés, ces dégradations constituent un phénomène visible et récurrent dans plusieurs établissements scolaires dans les quartiers de N’Djamena. Exemple de l’école FDAR de Chagoua est illustatif.
L’une des causes pointées du doigt est l’utilisation abusive et destructrice des enceintes scolaires. Des jeunes exploitent l’intérieur de ces structures, y compris les cours et les bâtiments, pour mener des activités sportives ou comme des raccourcis non autorisés. Cette appropriation sauvage se traduit par la création de « trous de raccourci » dans les murs d’enceinte, accélérant ainsi la détérioration des biens de l’État.
Pourquoi de tels comportements ne sont pas sanctionnés ?
La question qui se pose est celle du pourquoi de ce comportement à l’égard des édifices publics. Si l’incivisme et le manque de sensibilisation sont des facteurs évidents, le phénomène plonge ses racines dans des causes plus profondes :
Le Manque d’Appropriation Citoyenne : Pour une partie de la population, notamment la jeunesse, les biens de l’État ne sont pas perçus comme des biens communs mais comme appartenant à une entité lointaine et impersonnelle.
Ce manque d’identification conduit à une faible conscience de la nécessité de préserver ces infrastructures.
Le Défaut d’Exemple et de Maintenance : Le laisser-aller et le manque d’entretien régulier des autorités compétentes peuvent également envoyer un signal négatif. Comme l’ont souligné des observateurs, lorsque l’État lui-même ne prend pas soin de ses propres édifices, cela peut engendrer une perte de confiance et un sentiment d’impunité, incitant certains citoyens à ne pas se soucier non plus de la protection de ces biens.
Le Manque d’Infrastructures Alternatives : Le fait que des jeunes utilisent les enceintes scolaires comme terrains de sport ou raccourcis peut aussi refléter un déficit en espaces de loisirs et en infrastructures sportives appropriées dans les quartiers. L’école, même fermée, devient alors un exutoire faute d’alternatives.
Ces actes de vandalisme ne sont pas sans conséquences. Les dégradations représentent un coût financier exorbitant pour le Trésor public, forçant l’État à mobiliser des fonds qui pourraient être alloués à d’autres secteurs urgents pour des travaux de réhabilitation récurrents.
Surtout, c’est l’environnement d’apprentissage qui en pâtit. Des salles de classe sans fenêtre, des murs béants, ou des installations sanitaires dégradées nuisent à la qualité de l’enseignement et découragent les élèves. La banalisation des institutions publiques affaiblit symboliquement la présence de l’État et le respect qu’on lui doit.
Il faut une prise de conscience collective
Face à cette situation, l’urgence est de transformer l’approche. La Commune de N’Djamena a récemment tiré la sonnette d’alarme, appelant à une lutte contre le vandalisme urbain.
Il est impératif d’instaurer des mesures plus strictes, mais aussi de miser sur la sensibilisation et l’implication communautaire. Les citoyens doivent être éduqués sur le fait que ces infrastructures sont leur propriété collective et qu’elles sont essentielles à l’avenir de leurs enfants.
En impliquant les chefs de quartier, les parents d’élèves et les jeunes eux-mêmes dans la surveillance et la petite maintenance des édifices, il est possible de restaurer le sentiment d’appartenance et de responsabilité. Préserver l’édifice public, c’est préserver l’espoir d’une meilleure éducation et d’un meilleur cadre de vie pour tous à N’Djamena.
