14 août 2026
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« De Mérowé au Darfour : la paix ne se construira qu’avec les communautés ». C’est par ces mots que Youssouf Djouma Issa ouvre sa réflexion, publiée ce vendredi, jour de l’annonce d’un cessez-le-feu de trois mois entre les belligérants soudanais.

Pour l’analyste, ses pensées vont d’abord « aux communautés sœurs du Darfour et du Kordofan ». Plus de trois ans après le début de la guerre en avril 2023, le bilan est lourd : « des dizaines de milliers de morts » et « le déplacement de plusieurs millions de personnes, entre déplacés internes et réfugiés ».

Youssouf Djouma Issa s’interroge : « comment une guerre qui a éclaté à Mérowé, s’est déroulée pendant plus d’une année à Khartoum et dans ses environs, a-t-elle pu se propager jusqu’aux localités de Tiné, Koulbous et El Geneina, au Darfour ? »

Selon lui, ces populations « se sont retrouvées devant le fait accompli, en voyant une guerre importée sur leurs terres ancestrales ». Et alors que la trêve annoncée « ressemble davantage à une pause avant de nouvelles hostilités à l’automne », les conséquences continuent de ravager : « des veuves, des orphelins et des milliers de mutilés ».

Le plus inquiétant pour l’auteur est « le profond sentiment de revanche qui gagne désormais jusqu’aux enfants de moins de dix ans », dont beaucoup « ont perdu un père, un frère ou un proche et grandissent avec le désir de vengeance ».

L’analyste pointe une part de responsabilité chez « les élites intellectuelles de ces communautés, qui se sont laissé entraîner par des acteurs politiques, soit par ignorance, soit par intérêt matériel ».

Il regrette l’affaiblissement des autorités traditionnelles et religieuses : « Autrefois, dans nos sociétés africaines, les autorités religieuses et les chefs traditionnels jouissaient d’une influence morale considérable qu’ils mettaient au service de la protection des populations ». Leur marginalisation par « une classe politique dont le principal dénominateur commun est la poursuite d’intérêts particuliers plutôt que la défense du bien commun » est, selon lui, l’une des causes profondes de la crise.

Pour finir, Youssouf Djouma Issa estime que « les intellectuels, les chefs traditionnels et les autorités religieuses portent aujourd’hui une responsabilité historique : celle de reconstruire le tissu social, de restaurer le dialogue entre les communautés et de transmettre aux jeunes générations les valeurs de coexistence, de pardon et de paix ».

« Car une paix durable ne pourra être reconstruite que lorsque les intérêts des communautés primeront sur les ambitions des individus et que les voix de la sagesse retrouveront la place qui leur revient au sein de nos sociétés », conclut-il.