Dans un climat marqué par le besoin pressant de cohésion sociale, l’association Génération Progrès a réuni, ce samedi 28 février 2026, un panel d’experts et de citoyens à la Maison des Jeunes de Walia. Au cœur des échanges : la lutte contre les discours de haine et les pistes concrètes pour bâtir une nation tchadienne unie.
Comment transformer un peuple divisé en une véritable nation ? C’est à cette question que les intervenants de la conférence-débat organisée par Génération Progrès ont tenté de répondre. Devant une assistance composée majoritairement de jeunes, le constat a été sans appel : si les mots peuvent diviser, ils sont aussi le premier levier de la réconciliation.
Le juriste et écrivain Jean Bosco Manga a ouvert le débat en appelant à une rupture avec les pratiques institutionnelles classiques. Selon lui, l’unité nationale ne peut se décréter lors de cérémonies officielles sans lendemain. « Il faut organiser de vrais forums nationaux, inclusifs, et non des événements de façade pour les caméras », a-t-il martelé.
Sa proposition repose sur une approche globale : intégrer les chefs traditionnels et religieux dans le processus de dialogue, renforcer l’éducation civique dès le milieu scolaire et réguler juridiquement les dérives numériques sans étouffer la liberté d’expression.
Pour Abderrahmane Koré, le mal est aussi politique. Il a pointé du doigt une tendance historique où les acteurs politiques instrumentalisent les clivages communautaires pour asseoir leur influence. Face à ce jeu dangereux, il place la jeunesse en première ligne. « Il est de notre devoir, en tant que jeunes, de créer des initiatives de brassage pour briser les barrières et refuser d’être le terreau de la haine », a-t-il exhorté, appelant à un sursaut patriotique.
De son côté, le député Béral Mbaïkoubou a livré une analyse sociologique plus profonde sur l’origine de cette violence verbale. Il identifie trois piliers de crise : l’inversion des valeurs familiales, la maîtrise « sauvage » des réseaux sociaux par une génération sans repères, et le sentiment d’impunité que procure le clavier. « On a l’impression que les mots que nous disons sont virtuels. Mais l’insulte, elle, n’est pas virtuelle », a-t-il rappelé avec gravité. Pour l’élu, le défi est de bâtir une « histoire commune » qui permette de dépasser les discours discriminatoires qui freinent encore l’émergence d’une conscience nationale.
