xr:d:DAF2Ze9bo5M:11,j:7121728651162872401,t:23120909
Le cri d’alarme est lancé par une génération de jeunes diplômés tchadiens : à N’Djamena, l’accès à l’emploi ne dépendrait plus des compétences, mais des connaissances. Un constat amer qui révèle les dérives d’un marché du travail saturé, gangrené par le favoritisme et le clientélisme.
Un diplôme en main, l’impuissance au cœur
Comme dans de nombreux pays africains, le Tchad fait face à un chômage endémique des jeunes. Malgré des investissements considérables dans l’éducation et la formation, les lauréats des universités et grandes écoles se heurtent à une réalité implacable. Les candidatures s’entassent dans les bureaux des ressources humaines, mais beaucoup dénoncent une sélection opaque où le mérite académique s’efface devant le poids du « parrain ».
« Avoir un bon CV ne suffit plus. Aujourd’hui, on ne recrute pas sur la base des compétences, mais des relations », témoigne Eliazer, informaticien.
Ce sentiment d’injustice est largement partagé. Pour que leur dossier soit simplement examiné, les jeunes affirment qu’il faut impérativement être introduit ou recommandé par une personne influente au sein de l’organisme recruteur.
La face cachée du réseau
Derrière l’euphémisme du « réseau » ou des « appuis » se cache une pratique de favoritisme qui contourne les procédures de recrutement. L’égalité des chances cède la place à l’appartenance à une sphère d’influence, devenue le véritable critère d’embauche.
Conséquences directes :
- Fuite des cerveaux : les plus compétents, découragés, cherchent des opportunités à l’étranger.
- Démotivation : frustration et résignation minent une jeunesse qui ne croit plus en la valeur de l’effort.
- Promotion de l’incompétence : au détriment de l’expertise, ce qui fragilise l’efficacité et la gouvernance des institutions.
Vers une réforme de l’emploi ?
Les autorités tchadiennes ont plusieurs fois affiché leur volonté de lutter contre la corruption et les mauvaises pratiques. La création d’organismes anticorruption et le soutien à l’entrepreneuriat jeune — à travers des initiatives comme Job Booster Chad — sont des signaux encourageants.
Mais tant que l’opacité persistera dans les recrutements et que la pression du réseau primera sur le mérite, l’égalité des chances restera une chimère pour la jeunesse de N’Djamena. L’enjeu est de taille : il s’agit non seulement d’offrir un emploi, mais surtout de restaurer la confiance d’une génération dans son pays et ses institutions.
Pour les jeunes diplômés, la compétence doit retrouver sa place au cœur de l’équation professionnelle, afin que l’obtention d’un poste soit une fierté méritée — et non le fruit d’une simple connaissance.
