Dans les quartiers populaires de la capitale tchadienne, les travailleurs domestiques vivent dans l’ombre d’une société qui peine à reconnaître leurs droits. Derrière les murs des villas et des concessions, ces hommes et femmes racontent un quotidien marqué par la maltraitance, l’absence de respect et l’insécurité salariale.
« Mon patron me crie dessus chaque jour, comme si je n’étais pas un être humain. Quand je demande mon salaire, il me dit que je suis insolente », confie une travailleuse domestique, 23 ans, employée de maison depuis deux ans.
Le problème ne se limite pas aux humiliations. Les salaires, souvent dérisoires, ne sont pas régulièrement versés. Certains employeurs inventent des prétextes pour éviter de payer. « On m’a accusé d’avoir volé une cuillère. J’ai été arrêté et j’ai passé trois jours en prison, juste parce que j’avais réclamé mon argent », raconte sous anonymat un jeune domestique rencontré à Moursal.
Ces témoignages révèlent un vide juridique criant. Au Tchad, le statut des travailleurs domestiques reste flou : ils ne bénéficient pas de la protection du Code du travail et n’ont pas de syndicats puissants pour défendre leurs intérêts. Dans un contexte où le coût de la vie augmente et où l’accès aux services sociaux demeure limité, leur condition illustre les inégalités persistantes au sein de la société.
Les associations de défense des droits humains alertent depuis plusieurs années sur cette situation. « Il est urgent que l’État reconnaisse le travail domestique comme une activité professionnelle à part entière, avec des droits et des obligations clairs », plaide un militant de la Ligue tchadienne des droits de l’homme.
Pour l’heure, les travailleurs domestiques continuent de subir en silence, pris entre la peur de perdre leur emploi et le risque d’être criminalisés lorsqu’ils revendiquent leur dignité.
