Malgré l’interdiction du délégué général du gouvernement, les boissons frelatées continuent d’inonder les rues du Mayo-Kebbi Ouest. Ces alcools en sachet, communément appelés »Nguérek », séduisent les jeunes et détruisent peu à peu la société.
Dans les communes du Mayo-Kebbi Ouest, on ne compte plus les points de vente de ces boissons dangereuses. Dans les artères, les marchés, les cabarets, les coins reculés et jusque dans les cérémonies de mariage ou les veillées mortuaires, les sachets de guérec circulent librement.
Les jeunes en sont les principaux consommateurs. Ces produits d’origine douteuse, souvent importés des pays voisins, sont vendus sans aucun contrôle ni homologation. Pourtant, il y a quelques mois, le délégué général du gouvernement auprès de la province, Abdelmanane Khatab, avait formellement interdit leur commercialisation. Mais sur le terrain, rien n’a changé : l’interdiction est restée lettre morte.
Les conséquences sont graves. Le taux de scolarisation chute, alors que le Mayo-Kebbi Ouest a toujours été l’une des provinces les plus instruites du pays. L’oisiveté s’installe, le banditisme se développe et les morts subites deviennent plus fréquentes.
Dans les villages, les boissons locales traditionnelles, autrefois fabriquées par les femmes, disparaissent peu à peu. Aujourd’hui, certains habitants accueillent les visiteurs avec du guérec au lieu du thé ou du vin de mil. D’autres remplacent le coq ou le cabri d’honneur par un carton ou des sachets d’alcool frelaté. C’est toute une culture de respect et d’hospitalité qui s’effrite.
Plus inquiétant encore, certains agents de sécurité consomment eux aussi ces boissons, parfois aux côtés des jeunes qu’ils devraient encadrer. Comment espérer faire respecter la loi dans ces conditions ? Cette tolérance coupable traduit un manque de suivi et d’engagement dans la lutte contre ce commerce toxique.
La province du Mayo-Kebbi Ouest ne peut pas rester indifférente face à ce fléau. Les autorités administratives doivent aller au-delà des communiqués et appliquer la loi sur le terrain. Les trafiquants doivent être poursuivis, les points de vente fermés, et les jeunes sensibilisés aux dangers de ces produits.
Mais la responsabilité est aussi familiale et communautaire : parents, chefs traditionnels et leaders d’opinion doivent unir leurs voix pour sauver la jeunesse.
Le « Nguérek » n’est pas une boisson de fête — c’est un poison lent. Il détruit les corps, les esprits et les repères sociaux. Si rien n’est fait, c’est l’avenir du Mayo-Kebbi Ouest, et même celui du pays, qui sera menacé.
Tchédjolbé Jean-Claude, Correspondant à Pala
