15 octobre 2026
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À chaque goutte, une bactérie. À chaque stagnation, une épidémie. La capitale tchadienne vit au rythme d’un paradoxe hydrologique meurtrier : trop d’eau qui déborde, pas assez d’eau qui soigne.

La corrélation est scientifique

L’OMS l’avait déjà théorisé en 2022 : à N’Djamena, « un quart de la ville submergée » par la crue des fleuves Chari et Logone déclenche mécaniquement une alerte pour paludisme et choléra. Le mécanisme est implacable.

Phase 1 : La montée (Juillet-Septembre)
Les pluies diluviennes et la crue annuelle charrient tout. L’eau d’inondation, comme l’explique le Dr Mbaihorem Nicolas, « transporte plusieurs pathologies : bactéries, virus et parasites ». Choléra (Vibrio cholerae O1 Ogawa), fièvre typhoïde, hépatites A et E, rotavirus.

En 2025, l’épidémie de l’Est a montré le profil type : 1 331 cas, létalité de 5,6%, avec les enfants de 5-14 ans les plus touchés (34,7%).

En 2026, la menace a touché la capitale. Selon les données récentes, N’Djamena a cumulé 110 cas au 21 août, avec un cumul national de 362 cas et 15 décès (4,1% de létalité).

Phase 2 : La stagnation (Octobre-Novembre)
Une fois les fleuves retirés, l’eau reste. Dans les caniveaux de N’Djamena, mal inclinés, l’eau stagne, noircit, se mélange aux ordures. « Dès 18h, il devient difficile de rester dans la cour. Avec l’envahissement des moustiques, nous sommes contraints de nous terrer à l’intérieur », témoigne un habitant de Chari-Mongo.

Résultat : le ministère de la Santé a enregistré plus de 2,4 millions de cas de paludisme au cours de l’année 2025. Le caniveau devient gîte larvaire. Le paludisme explose juste après le choléra.

La double peine

C’est ce que les épidémiologistes appellent la « transition hydrique » : la même eau qui transmet le choléra par ingestion, transmet le paludisme par vecteur (Anopheles).

Comme le résume un rapport récent : « L’évacuation et l’utilisation judicieuse de ces eaux stagnantes réduiraient drastiquement les cas de paludisme, de choléra et d’autres maladies hydriques ».

La solution n’est donc pas seulement curative (kits choléra, pulvérisation intradomiciliaire). Elle est hydraulique : respecter les pentes d’écoulement, créer des bassins de rétention, transformer la menace en opportunité piscicole et agricole.

Teyane Bertrand