En désignant « les jeunes qui parlent l’arabe venus du quartier sud de N’Djamena » comme les auteurs de la présumé attaque du palais présidentiel, le ministre des affaires étrangères et porte-parole du gouvernement Abderamane Koulamallah fait preuve d’une dangereuse légèreté. Dans ses propos, il laisse entrevoir une volonté manifeste de scinder la société tchadienne en deux camps: d’un côté, les « sudistes » , de l’autre, les « Nordistes ». Ce type de rhétorique, qui rappelle les sombres périodes de l’histoire du Tchad et d’autres pays, est d’une indécence inacceptable. Elle crée un climat de méfiance et de peur qui n’a pas sa place dans un discours public.
Ce type de discours n’est pas seulement irresponsable; il est également dangereux. À une époque où les tensions communautaires sont palpables dans de nombreux pays du monde, choisir de diviser plutôt que d’unir est une provocation à la paix. Un responsable gouvernemental, surtout celui des Affaires étrangères, devrait viser à rassembler les citoyens autour de valeurs communes, à encourager le dialogue et la compréhension. Au lieu de cela, ses mots renforcent des stéréotypes négatifs qui alimentent la haine et la polarisation.
Le Tchad est un pays riche de part sa diversité culturelle et linguistique. Chaque quartier de N’Djamena, chaque ethnie, chaque langue est une pièce essentielle du puzzle national. Les tentatives de réduire cette diversité à une caricature sont non seulement simplistes, mais également nuisibles. La menace ne vient pas des jeunes d’un quartier ou d’une communauté, mais bien de l’impunité, de la corruption et des injustices sociales qui gangrènent notre système. C’est en se confrontant à ces véritables défis que nous pourrons curer les blessures de notre société.
Le ministre aurait dû prendre un moment de réflexion avant de faire des déclarations incendiaires. Des leaders responsables savent que la manière dont ils parlent peut influencer des milliers de vies.
Blaise Dariustone
