La Cour pénale internationale ouvre mardi 9 septembre une audience sur des accusations de crimes de guerre contre Joseph Kony, chef en fuite de l’Armée de résistance du Seigneur. À 63 ans, celui que l’on surnomme le « Messie sanglant » est également incriminé pour des crimes contre l’humanité.
Vingt ans après l’émission de son mandat d’arrêt, la Cour pénale internationale ouvre mardi 9 septembre une audience visant Joseph Kony, chef de guerre ougandais en fuite. Âgé de 63 ans, celui que l’on surnomme le « Messie sanglant » est poursuivi pour 39 chefs d’accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, qui auraient été commis entre juillet 2002 et décembre 2005 dans le nord de l’Ouganda.
Cette audience, dite de « confirmation des charges », n’a pas valeur de procès, mais elle sera la toute première jamais tenue par contumace devant la cour. En effet, malgré une traque menée par les États-Unis – qui avaient promis jusqu’à 5 millions de dollars pour sa capture jusqu’en 2017 – le chef de guerre reste introuvable.
Joseph Kony est né en 1961 dans le village d’Odek, au nord de l’Ouganda, dans la région majoritairement peuplée par l’ethnie acholie. Fils de fermiers, il grandit dans une famille catholique et anglicane. À l’âge de quinze ans, il quitte l’école et abandonne ses activités d’enfant de chœur pour s’initier aux rituels traditionnels et devenir guérisseur.
Son parcours prend une tournure différente en 1986, au cœur de la guerre civile ougandaise. Après la chute du président Tito Okello, la population acholie est violemment persécutée par le nouveau régime de Yoweri Museveni. Les troupes gouvernementales mènent des opérations punitives brutales, accusant les habitants du Nord d’avoir soutenu l’ancien pouvoir. Les villages sont incendiés, les récoltes détruites, les familles dispersées.
L’instrumentalisation de la foi et de la terreur
Joseph Kony prétend recevoir les messages du Seigneur dans ses rêves, qui lui dicterait la voie pour délivrer le peuple acholi de la souffrance, de la torture et de la faim. Son influence grandit rapidement dans le nord du pays. Son discours mystique séduit des jeunes hommes traumatisés par les violences de l’armée.
Il rejoint le Mouvement du Saint-Esprit, lancé en 1986 par sa tante Alice Lakwena, figure charismatique et « prophétesse » autoproclamée. Elle prône la révolte contre Yoweri Museveni, au nom d’une purification spirituelle. Mais dès l’année suivante, l’armée ougandaise écrase le mouvement. Alice Lakwena fuit au Kenya, où elle meurt en 2007 dans un camp de réfugiés.
Joseph Kony reprend alors le flambeau. Il fonde l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), un mouvement rebelle aux revendications religieuses. Son but : renverser le président Yoweri Museveni et instaurer une théocratie fondée sur la Bible et les Dix Commandements. Dans les cérémonies qu’il organise, il invoque les esprits ancestraux pour convaincre ses combattants qu’ils sont invincibles, protégés par des charmes et des sorts.
Le mode opératoire de Joseph Kony se révèle d’une brutalité inouïe : pillages de villages, massacres de civils et surtout enlèvements massifs d’enfants. Selon l’ONU, entre 60 000 et 100 000 enfants ont été enlevés en vingt-cinq ans pour grossir les rangs de la LRA, comme soldats pour les garçons ou esclaves sexuelles pour les filles. La plupart sont formés dans la terreur, forcés à commettre des atrocités pour briser leur lien avec leur famille.
Chassée du nord de l’Ouganda à partir de 2006, la milice se déplace et sème la terreur en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud puis en République centrafricaine, profitant du chaos de la région.
La traque de Joseph Kony a mobilisé les États-Unis – qui l’ont désigné « terroriste mondial » en 2008 – et l’Ouganda, mais sans succès. En 2017, les Américains cessent officiellement de le poursuivre, estimant que la LRA, réduite à une centaine de combattants, ne représente plus une menace pour la sécurité régionale. Mais pour la CPI, les crimes de l’ancien chef de guerre ne sont pas prescrits. Aujourd’hui encore, de nombreux anciens enfants-soldats tentent de se réinsérer, tandis que l’image du « Messie sanglant » continue de hanter les mémoires.
La Croix
