Le RNDT-le Réveil a ouvert son 6ᵉ congrès ordinaire ce vendredi 26 décembre 2025. Le président national, Pahimi Padacké Albert, a livré un discours dense, mêlant hommage aux militants, critique acerbe du processus électoral, et appel à une refondation politique.
Le choix du lieu n’est pas anodin. Le siège du parti, incendié lors des violences du 20 octobre 2022, devient symbole de résilience face à ce que le président qualifie de « ténébreuse instrumentalisation politique de la haine ethnique ». Le RNDT-le Réveil se pose en rempart contre les dérives identitaires, réaffirmant que « l’unité du Tchad dans la diversité n’est pas une option mais un devoir existentiel ».
Le congrès revient sur les espoirs nés du Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS) et de l’Accord de Doha, censés ouvrir la voie à une dévolution pacifique du pouvoir. Mais le RNDT-le Réveil dénonce une transition « déraillée », où les artisans de la première heure sont marginalisés au profit de « travailleurs brouillons de la 11ᵉ heure ».
Face à la création controversée de l’ANGE (Autorité Nationale de Gestion des Élections), le parti a appelé au boycott du référendum constitutionnel de décembre 2023, dénonçant « les monstruosités de la CONOREC » et l’adoption d’une Constitution « en l’absence du corps électoral ».
Pahimi Padacké Albert ne mâche pas ses mots : « Alors que nous croyions avoir gagné entre 55 et 60 sièges, l’ANGE ne nous en a laissé que onze. » Le RNDT-le Réveil accuse une falsification des collèges électoraux et une proclamation des résultats transformée en « séance de partage entre le MPS et ses alliés ».
Le président salue les élus qui, en privé, reconnaissent leur défaite dans les urnes malgré leur victoire officielle. Il en conclut que « ni les conseils locaux, ni l’Assemblée nationale, ni le Sénat ne reflètent la réelle expression du suffrage populaire ».
Le parti appelle à un dialogue national sans exclusive pour réformer le cadre électoral. Il critique l’interdiction faite aux électeurs de certaines zones reculées, comme Aouzou, de filmer ou accéder aux procès-verbaux, illustrant l’absurdité du système actuel.
Sur le plan international, le président évoque son élection comme vice-président de l’IDC Afrique et de l’IDC mondiale, saluant une reconnaissance de la classe politique tchadienne. Mais il alerte aussi sur les menaces aux frontières : guerre au Soudan, extrémisme au Sahel, et signalement du Tchad à la CPI par une ONG soudanaise.
Le discours se conclut sur une réflexion institutionnelle : l’État unitaire hérité de la colonisation est jugé incapable de gérer les diversités. La décentralisation est qualifiée de « pansement superficiel ». Le parti appelle à repenser la forme de l’État pour ressouder la fracture entre le centre et les périphéries.
