17 octobre 2026
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Le « soutien » ou non au candidat du MPS sera l’un des moyens, parmi d’autres, que le pouvoir va mettre en œuvre pour limiter le nombre des partis politiques dont l’effectif atteint aujourd’hui quelque trois cents unités. Dans la réalité, il y en a moins, même si la quantité demeure impressionnante. Le MPS, devenu imprévisible, semble désormais agir plus par caprice ou coup de tête qu’en fonction d’un projet de société digne de ce nom et s’impose de façon unilatérale comme maître du jeu politique au Tchad. 

Ainsi 210 partis politiques réunis au sein de la Coalition « Tchad Uni » ont été « cuisinés » à faire allégeance au MPS dont l’UNDR de M. Saleh Kebzabo. En dehors de l’UNDR, les autres ne sont que des partis « boites allumettes ». Le nombre total de leurs adhérents est tellement dérisoire qu’ils pourraient tenir dans une boite d’allumettes. Nombreux sont sans activité aucune, sans siège, sans congrès depuis des lustres mais restent dans les dossiers de l’administration.

Par ailleurs, ces partis servent plus de moyen de communication et de légitimation de la prise de parole dans l’espace public qu’elles ne sont des concurrents aux différentes élections.

Le retour de Zene Bada et un signal fort aux opposants

Mahamat Zene Bada, qui est d’une loyauté inoxydable et incorruptible vis-à-vis du MPS est l’homme qui ne pose aucun acte sans penser au préalable au gain politique qu’il peut en tirer. En somme, il est le plus calculateur et ne fait jamais rien pour rien. Aujourd’hui, sa seule préoccupation est de bâtir sa victoire bien avant le moment de vérité. Pour preuve, après avoir identifié ses adversaires potentiels, il s’emploie quotidiennement à les fragiliser, voire à les anéantir, l’un après l’autre.

Après avoir pratiquement muselé le redoutable leader de l’UNDR, il est également en train de chercher à résoudre l’équation « Transformateurs ». Du moins, pour l’instant. S’apercevant de l’extraordinaire popularité de Masra Succès, il va certainement trouver à travers l’accord de Kinshasa un bon prétexte pour l’embarquer. C’est une question de temps ! La date de dépôt des candidatures (du 06 au 15 mars 2024) va siffler la fin de la récréation des rumeurs selon lesquelles Masra Succès ne sera pas candidat mais suivra les pas de son prédécesseur à la Primature… Soutenir ! Au cas où Masra acte sa candidature, ferait-il sa campagne sur la base d’un programme ou d’un bilan ? Une communication de maintien ou de conquête ? mais le Masra nouveau est arrivé, avec beaucoup de ruptures par rapport à ses discours précédents. Le principal exemple : le « jeune frère » a remplacé le « M. Président de la République ».

Masra avait traditionnellement une énonciation personnelle. Là, il s’est appliqué à faire un bilan collectif. D’où beaucoup de « nous » et peu de « je ». Et aussi de multiples utilisations du mot « ensemble ».

Les stratégies pour une « mise en boite » du RNDT de Pahimi Albert Padacké et du PRET de Bongoro Théophile sont en cours de finalisation : le chaos ou l’usure.

Le GCAP et d’autres coalition ou partis qui se maintiennent encore dans l’opposition radicale sont superbement ignorés. Pour fixer les dates des présidentielles, l’ANGE n’a pas eu besoin de concertation ni de consultation. elle n’a daigné s’en ouvrir à qui que ce soit. Pas un seul instant, elle n’a jugé nécessaire d’initier une concertation ; un double jeu à la limite de la sournoiserie, de la duplicité et de la malhonnêteté intellectuelle. L’ANGE a choisi d’agir isolément, en toute discrétion, en catimini et dans une confidentialité irritante qui frise la cachotterie.

En ce qui concerne certains militants « rebelles » du MPS, l’heure doit être au resserrement des lignes et à la démonstration d’une certaine loyauté vis à vis de celui qui détient les cartes. Personne ne peut et ne pourra y arriver sans son consentement. On se fait peur, on insulte, on menace, on tue. Chacun cherchant à faire peur à l’autre. Les germes d’une confrontation installés dans le landerneau politique avec les « renforts » reçus par Yaya Dillo du PSF ont donné leur conclusion ce 28 février.

L’opposant et Président du PSF a été abattu avec quelque uns de ses militants sans autre forme de procès. Un signal fort donné par le pouvoir aux autres opposants qui tenteront de s’agiter… A balles réelles !

Quant à l’acteur principal, le candidat de la coalition « Tchad Uni », Mahamat Idriss Déby Itno, c’est trop lui demander de se prononcer sur la situation actuelle ! Il aurait même demandé à ses ministres, directeurs et autre patrons d’agences de le suivre. Seul son Ministre de la communication « caquette » encore. Et tant pis pour ceux qui ne sont pas contents. Pour sa campagne, il va juste promouvoir ou imposer des interprétations de l’actualité. Le Président de la Transition, certainement grisé par sa récente « victoire » au référendum, surement encouragé par une opposition qui se cherche et réellement persuadé que le fatalisme des Tchadiens les maintiendra confinés pour toujours dans une résignation apathique.

Il se comporte en homme rétif et semble vouloir exercer un pouvoir solitaire avec une arrogance outrancière et provocante… Et le peuple qui vit en ce moment le pire calvaire de son histoire. Son horizon est bouché. Son avenir passé…

En tout état de cause, notre « démocratie » nage en eaux troubles avec cette élection en trompe-l’œil qui se pointe à l’horizon. Il va falloir se pencher très sérieusement sur sa substance, son idéal, son projet. La démocratie ne se réduit pas à l’organisation d’élections.

Ni à la capacité de se rouler dans la farine les uns, les autres ! C’est un état d’esprit, une manière d’être acquise qui rend chaque citoyen confiant en la fiabilité des institutions de son pays. Cette confiance est la sécurité première qui doit être ressentie dans une saine démocratie.

Il revient aux acteurs politiques de créer les conditions d’éclosion d’un tel environnement. Mais est-ce leur préoccupation ?

EVARISTE DJETEKE