Le gouvernement tchadien avait décidé de tourner la page. Par communiqué du 6 octobre 2025, il avait annoncé la résiliation immédiate de tous les accords de partenariat avec l’ONG internationale African Parks Network (APN), en charge depuis 2010 de la gestion du Parc National de Zakouma et du Réseau National des Aires Protégées.
Des « graves manquements » pointés du doigt
Le lendemain, le ministre de l’Environnement, de la Pêche et du Développement Durable, Hassan Bakhit Djamous, avait détaillé les raisons de cette rupture.
Le gouvernement reprochait à African Parks « des violations répétées » de ses engagements contractuels. Au premier trimestre 2025, le PNZ avait enregistré la perte de plusieurs dizaines de girafes, buffles, bubales, antilopes et de 3 rhinocéros. Un bilan que le ministre attribue au « manque de professionnalisme des opérateurs d’APN » et à la recrudescence du braconnage.
Sur le plan financier, N’Djamena dénonce une gestion opaque : comptes offshore, fuites de devises, absence d’audits, et mauvaise gestion des recettes touristiques. Sur le terrain, le constat est tout aussi sévère : aucune infrastructure nouvelle depuis 2010, un parc automobile datant de 2008 et des équipements de surveillance « complètement obsolètes ».
Le ministère accuse également l’ONG de privilégier le tourisme au détriment de la conservation, et d’imposer une gestion unilatérale des aires protégées.
Une transition assurée par l’État
Pour assurer la continuité, le gouvernement a mis en place une Unité de coordination provisoire. Elle supervisera les parcs en attendant la création d’une Agence Nationale de Gestion des Aires Protégées (ANGAP). Tous les biens et équipements sont rétrocédés à l’État tchadien.
« Le Tchad reste ouvert à de nouveaux partenariats respectueux et mutuellement bénéfiques », a tenu à préciser le ministre Hassan Bakhit Djamous.
Un contexte international tendu pour African Parks
Cette décision intervient alors que l’ONG traverse une zone de turbulences. En mai 2025, African Parks a reconnu des exactions commises par ses éco-gardes dans le parc d’Odzala-Kokoua au Congo : viols, tortures et homicides sur des membres du peuple baka.
Dans la foulée, le Prince Harry a annoncé son retrait du conseil d’administration après 10 ans, dont 6 ans à sa présidence. L’ONG évoque un départ « mutuel » lié à un renouvellement de gouvernance.
Présente dans 13 pays africains et gestionnaire de 24 aires protégées, African Parks perd avec le Tchad l’un de ses plus grands mandats : le Grand Écosystème Fonctionnel de Zakouma.
Après 15 ans de partenariat, N’Djamena choisit donc de reprendre la souveraineté sur sa faune. Une décision qui pose la question de l’avenir de la conservation déléguée aux ONG en Afrique. Et si N’djaména avait finalement raison ?

