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Tchad : Un processus électoral dans la boue et l’argile

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Il n’est point nécessaire d’être un Roi mage en Galilée pour entrevoir une victoire à la Pyrrhus qui sanctionnera les dernières élections, mettant fin à la transition, dans une atmosphère électrique. Ce sera le type de victoire qui esquinte aussi bien le vainqueur que le vaincu.

Par conséquent, le Tchad et sa « démocratie » seront les vrais perdants d’un scrutin qui, déjà, frôle le degré zéro de l’organisation, plante le décor d’un capharnaüm électoral et, in fine, agrège progressivement les éléments constitutifs d’un ouragan politique, évidemment incompatible avec l’émergence économique si fébrilement recherchée.   

Comment une démocratie vielle de plus de 30 ans et un État crédité d’un réel rodage dans l’accomplissement de ses missions permanentes ont si incroyablement installé le processus électoral dans la boue et l’argile ? La réponse n’est pas l’ébauche d’un procès en sorcellerie contre tel ou tel acteur. Toutefois, les responsabilités sont, de façon inégale, partagées entre tous ceux qui jouent leurs partitions (animateurs de l’opposition comme tenants du pouvoir) dans ces élections cruciales du 29 décembre. La classe politique a hâté le printemps de la pagaille électorale.

Cependant, le point d’orgue de la chienlit est localisé au bureau de l’ANGE, la cheville ouvrière de tous les scrutins. Dommage ! Car les hésitations, les loupés, les magouilles et les ratés dans l’organisation de ces élections apportent de l’eau au moulin de ceux qui exigent – à tort – que l’ANGE provienne d’un curieux no man’s land ou d’une drôle zone-tampon qui sépare les chapelles politiques. Séduisante erreur qui fossiliserait la démocratie.

En république non bananière et non totalitaire, ceux qui sont bardés de légitimité octroyée par le suffrage universel, les institutions qui organisent les élections sont issus des Partis vainqueurs. Le Tchad ne mérite pas une sous- démocratie ou une démocratie au rabais. C’est le personnel politique qui doit se hisser à la hauteur des exigences d’une démocratie réellement adulte, c’est-à-dire au-dessus de tout soupçon.

Pour l’instant, les faits têtus accablent BARTCHIRET AHMED qui est à la tête de l’ANGE, une institution fort bien décrétée, nanti d’un budget conséquent et truffé de cadres valeureux. Donc, une situation stable et des capacités avérées qui doit exclure, normalement les tâtonnements, les décisions réajustées, les contre-décisions revues et corrigées, les initiatives ultimes, les manœuvres perfides, forcément génératrices de failles, les défaillances troublantes, coûteuses pour le contribuable, révoltantes pour le citoyen et, surtout, susceptibles de faire le lit de frustrations, elles-mêmes, grosses de violences.

En arrière-plan des dysfonctionnements techniques globalement imputables à l’ANGE, se trouvent les facteurs politiques qui donnent un relief particulier aux présentes élections, pratiquement perçues voire vécues comme un tournant décisif pour le futur immédiat du pays ; notamment sur le plan institutionnel. D’où la soif hystérique de victoire qui habite les deux camps de la « majorité » et de l’opposition.

Si le MPS gagne, il sera numériquement majoritaire mais socialement isolée avec et dans sa victoire. Si l’opposition ou ce qui en tient lieu gagne, elle trouvera très difficilement les moyens de transformer sa victoire électorale, en gouvernance effective.

EVARISTE DJETEKE

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