Dans les rues de N’Djamena, il est devenu courant de voir de jeunes garçons, souvent mineurs, proposer leurs services de coupe et de nettoyage d’ongles aux passants. Prisés pour leur accessibilité et leurs prix dérisoires, ces services soulèvent pourtant une préoccupation majeure celle de l’absence totale de conditions d’hygiène.
Sur les trottoirs des marchés, aux abords des gares routières, dans des rues et même devant certains bureaux, des jeunes munis de coupe-ongles, de lames de rasoir, de ciseaux usagés et bien d’autres outils, s’installent à même le sol pour offrir leurs services. Un phénomène qui s’amplifie face au chômage et à la précarité, attirant de plus en plus d’adolescents dans cette activité informelle.
Les outils utilisés sont rarement désinfectés, souvent partagés entre plusieurs clients sans nettoyage préalable.
D’après Dr Olivier, ces objets non stérilisés augmentent le risque de transmission de maladies infectieuses telles que les mycoses, les hépatites ou même le tétanos. Il souligne que les jeunes qui coupent les ongles ignorent qu’eux aussi, sont exposés aux maladies, en les coupant.
« Ces jeunes peuvent se blesser et si le client a une blessure aux pieds ou à la mains, ils pourront être contaminés dans le cas ce client a une maladie transmissible. Les matériels utilisés par ces jeunes ne sont pas stérilisés. Ils utilisent un seul ciseau pour les ongles d’une vingtaine de personnes et ils ne savent pas la sérologie de ces clients. Les virus ne meurent pas rapidement, il faut les tuer en désinfectant ces outils utilisés, sinon ils risquent de se propager.», a-t-il expliqué le Docteur.
Certains clients témoignent qu’ils ont été victimes des infections causées par le non-respect de stérilisation de ces matériels par les travailleurs. C’est le cas de Adoum, un habitant du quartier Moursal, qui raconte avoir développé une infection après un nettoyage d’ongles chez l’un de ces jeunes travailleurs. « Mon doigt a commencé à gonfler et à s’infecter. J’ai dû aller à l’hôpital et le médecin m’a dit que c’était à cause d’un mauvais nettoyage des instruments. », a-t-il témoigné.
D’autres clients, attirés par le prix bas entre 50 et 100 FCFA la prestation, minimisent également ces dangers.
« Avec 50f, il nettoie mes pieds et mes mains. C’est moins cher.» affirme Falmata, une cliente.
Face à cette situation, plusieurs solutions pourraient être envisagées. D’abord, une sensibilisation des jeunes nettoyeurs ambulants aux règles d’hygiène de base : l’usage d’alcool pour désinfecter les outils, le port de gants et l’utilisation de matériels jetables lorsqu’ils sont accessibles.
Trop souvent négligée, l’hygiène dans ces services ambulants pose pourtant un véritable problème de santé publique à N’Djamena. Si rien n’est fait, la transmission de maladies liées aux infections cutanées et au manque d’asepsie continuera de s’aggraver. Pour préserver la santé de tous, il est urgent que les autorités et la société civile prennent conscience de cette réalité et agissent en conséquence.
Marie-Claire Tari Koumninga

