“ En 20 ans (2000 à 2020) , nous avons bitumé 3000 km de routes ”, sans honte, s’est vanté le ministre des Infrastructures, Aziz Mahamat Saleh, le 11 août dernier, dans les colonnes de nos confrères Tchadinfos. Qu’en est-il réellement de la qualité et la durée de vie de nos routes qui ont englouti des sommes pharaoniques des partenaires et de l’Etat ? s’interroge un citoyen tchadien lambda.
Au Tchad, que ce soit en milieux urbains ou sur les routes nationales, il est d’un pari difficile à gagner de trouver un tronçon de route, ne serait-ce, d’un kilomètre, en bonne et due forme, sur le 1 284 000 km2. La quasi-totalité des routes sont d’une détérioration très avancée due par les érosions ou simplement par manque d’entretien.
Une promenade de cinq minutes au centre-ville de la capitale tchadienne suffit pour s’en rendre compte. Nos autorités, du président de la République au Premier ministre en passant par le ministre des infrastructures, empruntent ces voies abord de leurs grosses cylindrées, mais, délibérément, ne voient pas ces nids-de-poule qui jonchent tout le long de leur trajet.
Pourquoi les routes tchadiennes se détériorent très vite
Le revêtement en asphalte, bien fait et entretenu, peut durer de 15 à 20 ans. Il convient de souligner qu’il ne s’agit pas d’une durée de vie universelle. La durée de vie réelle peut varier en fonction de plusieurs facteurs cruciaux, entre autres, la préparation correcte du bitume, le compactage adéquat, application soignée, etc.
À cela, il faut ajouter la qualité et le type de trafic que la route subit peut avoir un impact significatif sur sa durée de vie. Le type de véhicule qui utilisent la surface a également son importance. Les poids lourds provoquent une usure plus importante que les véhicules légers, ce qui peut réduire la durée de vie du bitume.
Les conditions météorologiques extrêmes au Tchad
La chaleur extrême peut provoquer un ramollissement et une déformation, conduisant à l’orniérage, une fortes précipitations, lorsqu’il pleut beaucoup, la surface peut d’éroder le drainage est insuffisant.
Un entretien régulier est essentiel pour prolonger la dure de vie de revêtement en asphaltage. Une route recouverte d’asphaltage bien entretenue peut durer plusieurs années de plus qu’une route négligée.
L’entretien consiste essentiellement au nettoyage régulier, scellement des fissures avant qu’elles ne deviennent des problèmes plus importants, réparation des nids-de-poule, une action rapide sur les nids-de-poule empêche une dégradation supplémentaire, gestion de drainage assure un écoulement adéquat de l’eau pour éviter l’accumulation et l’érosion, les canaux de drainage sont souvent obstrués des débris, les pentes ne sont pas adéquates pour assurer l’écoulement des eaux.
Y aura-t-il un jour un audit des marchés de construction de routes pour situer les responsabilités ?
Au Tchad, la durée de vie d’une route recouverte de bitume est de moins de 5 ans. Quand elle est d’au moins 15 à 20 ans ailleurs. Les preuves sont là et parlent d’elles-mêmes. Qu’il s’agisse de routes construites ici, dans la capitale, sur lesquelles circulent le Président de la République et le Président du Conseil national de transition ou en province. Peu importe. C’est le même constat : aucune consistance, aucune résistance.
Bref, aucun respect des règles en la matière. À peine deux ans qu’une route qui a coûté des milliards au contribuable commence à se dégrader, avec des nids-de-poule et de flaques partout. Leur entretien, plus qu’absent, est un autre sujet.
Sur les milliers de kilomètres de routes que les autorités se vantent d’avoir construites ces dernières décennie avec les ressources pétrolières, la plus grande partie n’est plus en bon état. Il suffit de circuler pour connaître la différence entre les discours de bureau et les réalités de terrain. Souligne nos confrères La Voix.
Au regard de nos routes, il est plus qu’urgent de situer les responsabilités : qui est responsable de ces réalisations désastreuses ? L’État, représenté dans les marchés de construction de routes par le ministère en charge des Infrastructures ? Les entreprises qui les ont construites ?
L’Autorité indépendante de lutte contre la corruption, nouvellement mise en place, aura-t-elle un jour les coudées assez franches pour aller fouiller dans ces marchés qui ont englouti des milliers de milliards ? À ce jour, ni au Conseil national de transition, ni personne ne parle de la cause profonde de ce mal, qui semble avoir de beaux jours devant.
TEYANE Bertrand

